Login

Ce que l’accord commercial avec l’Australie prévoit pour les produits agricoles

L'accord commercial entre l'Union européenne et l'Australie prévoit un quota de 30 600 tonnes de viande bovine.

Des quotas progressifs, des normes sanitaires intactes et des clauses de sauvegarde inédites par leur durée : la Commission européenne a présenté les détails du volet agricole de l’accord de libre-échange signé avec l’Australie, en réponse aux inquiétudes des filières européennes.

Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.

Signé à Canberra (Australie) ce 24 mars 2026 au terme de huit ans de négociations, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et l’Australie ouvre de nouveaux quotas d’importation pour les produits agricoles australiens sur le marché européen. Lors d’un briefing technique organisé le même jour, la Commission européenne a détaillé à la presse les mécanismes mis en place pour encadrer cet accès et protéger les filières animales et végétales des Vingt-sept.

Des produits sensibles

Pour les produits agricoles jugés « sensibles » (1) dont les viandes, les produits laitiers, les sucres, l’éthanol, il n’est pas question d’ouvrir librement le marché européen, prévient d’emblée la Commission. « Libéraliser les produits sensibles, c’est impossible tant économiquement que politiquement », a affirmé un de ses experts lors de la conférence de presse. La voie retenue est donc celle des contingents tarifaires, des quotas au-delà desquels les droits de douane continuent de s’appliquer.

« Si l’agriculture a occupé la scène de cette négociation, c’est parce que l’Union européenne a déjà un excédent commercial de 2 milliards d’euros en matière agricole vis-à-vis de l’Australie », souligne la Commission. Une situation qui s’explique notamment par une asymétrie tarifaire : l’Australie applique en moyenne des droits de douane de 5 % sur les produits agricoles, tandis que l’Union européenne maintient des droits pouvant atteindre 160 % sur les produits laitiers et 120 % sur la viande.

Conséquence : les produits européens entraient déjà facilement en Australie — l’Union européenne y exporte le double de ce qu’elle importe —, mais « sans accord pour les produits sensibles, les Australiens ne peuvent pas exporter quoi que ce soit », tranche la Commission. C’est donc pour gérer cette ouverture, inévitable dans le cadre d’un accord bilatéral, que les quotas ont été conçus.

Viande bovine : des quotas calibrés sur dix ans

Le bœuf est « à la pointe des discussions » politiques sur cet accord, admet un second représentant de la Commission. Un quota a été fixé à 30 600 tonnes-équivalent carcasse (tec) à terme, atteint progressivement sur dix ans. Un tiers seulement sera accessible dès l’entrée en vigueur de l’accord, suivi d’une pause de cinq ans, avant que le reste ne soit progressivement libéré jusqu’au plafond.

Ce quota est divisé en deux portions. La majorité (55 %) est réservée à de la viande issue d’animaux nourris à l’herbe (grass-fed). « Cette condition a des explications économiques, mais aussi des explications liées à la durabilité de la méthode de production », précise l’expert.

La portion restante n’est pas assortie de cette conditionnalité. Les volumes seront « gérés à l’européenne », c’est-à-dire répartis sur l’année afin d’éviter des pics d’importation susceptibles de déstabiliser le marché.

Viande ovine : la question du mulesing

Le contingent pour la viande ovine est établi à 25 000 tec, divisé en une portion majoritaire sans distinction frais/congelé et une portion spécifiquement réservée aux produits congelés.

Ce dossier a été marqué par une question sensible soulevée par les journalistes lors du briefing : celle du mulesing, pratique consistant à sectionner des lambeaux de peau autour de la queue des agneaux pour prévenir l’infestation par des mouches parasites. Cette mutilation, fortement critiquée en Australie même, n’a pas pu faire l’objet d’une interdiction à l’importation.

La raison est juridique : en l’absence d’une norme interne européenne interdisant cette pratique, qui existe également, bien que marginalement, en Europe, la Commission ne disposait d’aucune base légale pour l’imposer à l’Australie. Le contraste avec le secteur des œufs est cité pour exemple : l’existence d’une directive européenne interdisant les cages avait permis d’appliquer une telle clause miroir. Faute d’équivalent pour l’élevage ovin, la Commission « s’est concentrée sur la réduction des volumes ».

Sucre, produits laitiers et autres contingents

Le sucre fait l’objet d’un quota de 35 000 tonnes, destiné exclusivement au raffinage. Ce contingent est conditionné à une « certification des standards environnementaux et des durabilités plus générales — sociales, environnementales — liées à la qualité de l’eau, l’utilisation des pesticides ».

Un expert souligne le caractère inédit de cette exigence. Des quotas plus limités sont également prévus pour plusieurs autres filières : beurre, poudre de lait écrémé, petit-lait concentré, riz, gluten de blé, amidons, poulet, maïs doux, éthanol et rhum.

Des clauses de sauvegarde jusqu’à quinze ans

Un mécanisme de sauvegarde est activable en cas d'« augmentation soudaine des importations ou de baisse soudaine des prix sur le marché de l’Union », tentent de rassurer les experts de la Commission. Le dispositif prévoit l’ouverture d’une investigation préalable, puis, si nécessaire, le déclenchement d’une mesure de protection.

Les durées varient selon la sensibilité des filières : quinze ans pour la viande bovine, douze ans pour la viande ovine, dix ans pour le riz et sept ans pour les autres produits.

La Commission européenne prévoit de proposer un instrument juridique spécifique pour préciser les modalités concrètes — seuils d’importation, niveaux de prix déclencheurs —, soumis au contrôle du Conseil et du Parlement européens.

Maintien des normes sanitaires

Sur le plan sanitaire, la Commission assure que l’accord ne modifie en rien les exigences applicables aux importations. Le principe de précaution est explicitement reconnu dans l’accord et l’Union européenne conserve la pleine capacité de mener audits et contrôles. « Toutes les normes qui s’appliquent dans l’Union continuent de s’appliquer également aux importations en provenance de l’Australie », affirme les représentants.

Concernant les hormones et promoteurs de croissance, la Commission assure que l’Australie n’a pas la réputation d’y recourir, et que les produits australiens entrent déjà sur le marché européen — dans le cadre de quotas existants depuis les années 1990 — en respectant l’ensemble des normes sanitaires imposées aux producteurs domestiques. « Il n’y a rien de nouveau dans l’accord, sinon un quota un peu plus étoffé, » insiste-t-elle.

Un débat politique anticipé

Les experts n’ont pas éludé la dimension politique et le caractère irritant de l’accord pour les filières agricoles. L’un d’eux a estimé qu’il faudrait « expliquer, expliquer et expliquer encore pour démystifier les attaques infondées et parfois même les mensonges qui ont caractérisé la campagne contre la ratification de l’accord avec le Mercosur en France ».

Il a toutefois relevé que les volumes accordés à l’Australie sont « nettement moindres » et que les conditionnalités environnementales sont sans précédent. La Commission affirme par ailleurs que le secteur agricole européen figure parmi les « grands gagnants » de l’accord, grâce à la libéralisation totale de ses exportations vers l’Australie et à des économies estimées entre 100 et 150 millions d’euros annuels en droits de douane.

A découvrir également

Voir la version complète
Gérer mon consentement